La FEJ dénonce la plainte en diffamation par le président de la région Sud visant « Nice-Matin » et l’agression de sa journaliste par un conseiller municipal

0  -  Article mis à jour le 14 août 2026

Communiqué de la Fédération européenne des journalistes (FEJ)

La Fédération européenne des journalistes (FEJ) exprime sa solidarité avec le quotidien régional français Nice-Matin, actuellement poursuivi en justice pour diffamation par Renaud Muselier, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. La FEJ appelle M. Muselier à abandonner cette action en diffamation, qu’elle considère comme abusive, et, à défaut, demande au tribunal de la rejeter afin de faire prévaloir la liberté des médias et le droit à l’information d’intérêt public. La FEJ dénonce également un autre incident préoccupant survenu il y a quelques jours : l’agression dont a fait l’objet une journaliste de Nice-Matin par Ugo Massi, agriculteur et conseiller municipal à Cagnes-sur-Mer.

La FEJ appelle M. Muselier à abandonner cette action en diffamation, qu’elle considère comme abusive, et, à défaut, demande au tribunal de la rejeter afin de faire prévaloir la liberté des médias et le droit à l’information d’intérêt public.

Le 18 juillet, Renaud Muselier, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, a annoncé avoir déposé une plainte en diffamation contre Nice-Matin, l’accusant d’avoir publié de fausses informations à son sujet, sans toutefois préciser lesquelles. Il a également déclaré qu’une mise en demeure avait été adressée aux médias concernés pour leur enjoindre de retirer ces informations. Il réclame 2 millions d’euros de dommages et intérêts à Nice-Matin, ainsi qu’un million d’euros à l’ensemble des médias ayant relayé le contenu diffamatoire. Affirmant sa confiance en la justice, M. Muselier a ajouté que « ces attaques politiques ne resteront pas impunies ».

Après un échange avec Renaud Muselier, Nice-Matin a découvert que cette action en justice faisait suite à ses articles sur une plainte anonyme selon laquelle un employé du chalet de M. Muselier aurait été rémunéré par une agence de communication attributaire d’un marché public. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête préliminaire sur un éventuel conflit d’intérêt, qui a été classée sans suite.

« Nous appelons Renaud Muselier à retirer sa plainte que nous considérons abusive. »
Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la FEJ 

«Rendre compte de sujets d’intérêt public ne constitue pas une attaque politique. Nous soutenons Nice-Matin dont les reportages ont respecté les normes éthiques et professionnelles, dont le principe de la présomption d’innocence, et qui ont permis à Renaud Muselier de s’exprimer sur l’ensemble des allégations portées à son encontre. Nous appelons Renaud Muselier à retirer sa plainte que nous considérons abusive. Les élus ont un devoir de préserver la liberté de la presse et le droit à l’information », a déclaré le secrétaire général de la FEJ Ricardo Gutiérrez.

La FEJ constate que l’action en justice intentée par Renaud Muselier présente plusieurs caractéristiques d’une procédure bâillon, également appelée «SLAPP». Le montant des dommages et intérêts réclamés est excessif, il existe un déséquilibre de pouvoir entre le président de la région Sud et le journal régional, et cette action en justice semble viser à sanctionner et à supprimer un travail journalistique d’intérêt public.

La FEJ constate que l’action en justice intentée par Renaud Muselier présente plusieurs caractéristiques d’une procédure bâillon, également appelée «SLAPP».

Par ailleurs, le 5 août,  une journaliste de Nice-Matin a été agressée par Ugo Massi, agriculteur et conseiller municipal à la jeunesse (Rassemblement national) de Cagnes-sur-Mer. L’agression s’est produite sur une exploitation appartenant au père de l’élu, à Cagnes-sur-mer, alors que la journaliste couvrait un incendie, qui avait détruit des serres. Sur site, la journaliste aurait découvert la présence de carcasses de voitures de luxe incendiées ainsi qu’une banderole faisant état d’une activité de garage. Selon Nice-Matin, Ugo Massi l’aurait alors projetée au sol et lui aurait arraché son téléphone. Des proches de l’élu lui auraient restitué le téléphone dans la foulée. La journaliste, qui présente de légères blessures au coude, a porté plainte contre lui. Ce dernier se serait excusé par téléphone pour avoir « levé la main sur elle ». La FEJ exprime sa solidarité envers la journaliste et appelle les autorités compétentes à sanctionner la violence qui lui a été infligée.

Par ailleurs, le 5 août,  une journaliste de Nice-Matin a été agressée par Ugo Massi, agriculteur et conseiller municipal à la jeunesse (Rassemblement national) de Cagnes-sur-Mer. Ces deux incidents ont été documentés sur la plateforme « Mapping Media Freedom » et signalés à la Plateforme du Conseil de l’Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes. 

Ces deux incidents ont été documentés sur la plateforme « Mapping Media Freedom » et signalés à la Plateforme du Conseil de l’Europe pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes.

Ces incidents ne doivent pas être considérés comme isolés. Les conclusions préliminaires de notre récente mission internationale de plaidoyer, menée en collaboration avec nos partenaires du consortium Media Freedom Rapid Response (MFRR) et  Reporters sans frontières (RSF), ont confirmé la dégradation nette du climat pour la presse en France. Le recours aux poursuites abusives figure parmi les principaux défis identifiés. Alors que le gouvernement français avait initialement envisagé une transposition plus large de la directive européenne anti-SLAPP, consacrant deux ans à l’élaboration d’un projet de loi s’appuyant sur les recommandations des États généraux de l’information (EGI), il a adopté un décret le 5 mai 2026 sans consulter la société civile ni les autres parties prenantes. Il en résulte une transposition limitée.

Ces incidents ne doivent pas être considérés comme isolés. Les conclusions préliminaires de notre récente mission internationale de plaidoyer, menée en collaboration avec nos partenaires du consortium Media Freedom Rapid Response (MFRR) et  RSF.

Si les agressions physiques perpétrées par des acteurs politiques restent extrêmement rares en France, d’autres défis persistants incluent la décrédibilisation et l’entrave au travail des journalistes, ainsi que les violences commises lors de manifestations, principalement par les forces de l’ordre. Depuis le début de l’année, au moins 16 professionnels des médias ont été la cible de graves menaces de mort, ravivant les inquiétudes concernant la sécurité des journalistes. La FEJ craint tout particulièrement que les pressions exercées sur les médias ne s’intensifient dans le contexte de la course à la présidentielle de 2027, comme cela a été observé lors des précédentes élections. Un rapport de mission contenant des recommandations clés sera bientôt publié.

Compte tenu de la situation critique que traverse actuellement la liberté de la presse, il est primordial que les élus et les personnalités politiques s’abstiennent de toute attaque envers les médias et condamnent toutes les formes de pression, y compris celles exercées par leurs pairs, afin de garantir la liberté de la presse et le droit à l’information.

La FEJ réitère son soutien total à Nice-Matin.

Bruxelles, le 13 août 2026.

Lire le communiqué sur site de la FEJ