Communiqué du SNJ-CGT Radio France
Quel attentat terroriste sur le territoire français n’a pas amené au passage en édition spéciale sur notre chaîne d’information radio en continu franceinto ou sur nos autres antennes nationales? Celui de Trappes, vendredi, ne le méritait visiblement pas.
Aucune de nos antennes n’est passée en édition spéciale, notamment franceinfo, dont c’est habituellement la vocation. Pourquoi?
Alors qu’un homme a tiré sur des habitant•es des Yvelines ciblé•es pour leur couleur de peau ou leur religion supposée, que le parquet antiterroriste s’est très rapidement saisi et le mobile raciste retenu, que le ministre de l’Intérieur et le président de la République ont parlé d’un «attentat à connotation raciste, probablement islamophobe», aucune de nos antennes n’est passée en édition spéciale, notamment franceinfo, dont c’est habituellement la vocation. Pourquoi?
Quel message cela envoie-t-il? Cela est d’autant plus surprenant que nombre d’émissions spéciales sont déclenchées pour des événements d’importance comparable ou, trop souvent, de bien moindre résonnance.
Un jeune homme de 26 ans est mort parce qu’il était noir. Une enfant a été criblée de huit balles parce qu’elle est noire. Au moment où nous écrivons, trois autres victimes sont toujours hospitalisées, dont une en urgence absolue, parce qu’elles n’ont pas la peau blanche ou qu’elles portent un voile. Au total une quinzaine de personnes ont été visées par les tirs, selon le procureur.
Les journalistes des différents services PJ se sont pourtant largement mobilisé-es dès vendredi, tout comme les reporters rapidement envoyé es sur place. Malgré cela, la décision de basculer en édition spéciale n’a pas été prise par les directions. Combien d’auditeur•ices ont ainsi eu «le réflexe info» mais sont tombés sur les chroniques habituelles et ont dû attendre de longues minutes avant de pouvoir prendre connaissance des dernières nouvelles de Trappes et La Verrière? Quel message cela envoie-t-il? Cela est d’autant plus surprenant que nombre d’émissions spéciales sont déclenchées pour des événements d’importance comparable ou, trop souvent, de bien moindre résonnance.
Nous notons également que cet attentat terroriste a occupé, ensuite, une moindre place dans les sujets diffusés et choix d’invités. Une retenue qui a un arrière-goût amer de silence et est incompréhensible pour la CGT Radio France.
Nous notons également que cet attentat terroriste a occupé, ensuite, une moindre place dans les sujets diffusés et choix d’invités. Une retenue qui a un arrière-goût amer de silence et est incompréhensible pour la CGT Radio France. Nous déplorons que les vitrines de magasins pillés aient, entre autres exemples, occupé plus de place sur nos antennes que cet attentat raciste meurtrier.
Quelles que soient les raisons invoquées, l’absence de l’habillage et des marqueurs associés habituellement aux éditions spéciales et d’un temps d’antenne et d’invités sur un événement d’une telle ampleur renvoie un message désastreux. Il donne l’impression que les habitants de Trappes, et à travers eux ceux de tous les quartiers populaires et les personnes racisées, sont des citoyens de seconde classe. Un contraste d’autant plus criant qu’au delà de Radio France, la machinerie médiatique n’hésite jamais à s’emballer lorsqu’il s’agit de les stigmatiser.
La responsabilité des médias dans la banalisation des discours de haine raciste a aussi été pointée ces derniers jours par de nombreux acteurs publics. Même si nous ne sommes pas les premiers visés, nous ne pouvons nous passer, en tant que service public, d’un examen de conscience. Le racisme n’est pas une opinion et les mots peuvent tuer.
Plus largement, la CGT Radio France appelle à une vaste réflexion sur le traitement éditorial du racisme et des discriminations sur l’ensemble de nos antennes. Accordons nous assez de place à ces sujets? Malheureusement, non.
Plus largement, la CGT Radio France appelle à une vaste réflexion sur le traitement éditorial du racisme et des discriminations sur l’ensemble de nos antennes. Accordons nous assez de place à ces sujets? Malheureusement, non. Il nous semble également nécessaire de réfléchir à la façon dont nous couvrons les quartiers populaires, si souvent oubliés et si souvent victimes de stéréotypes. Nous avons la conviction que ces territoires doivent cesser d’être désertés par les journalistes. La suppression des postes de reporters en banlieue parisienne et la disparition des journalistes spécialement dédiés à ces questions dans les rédactions est un choix que les
restrictions économiques ne peuvent à elles seules justifier et sur lequel il faudrait revenir. Les rédactions doivent s’emparer collectivement de ces questions.
Radio France appartient à tous ses auditeurices, quelle que soit leur couleur de peau, leur religion, s’ils sont croyants, ou leur classe sociale. Tous méritent notre attention sans distinction ni double standard. La CGT sera toujours présente pour le rappeler et le défendre.
A Paris et en régions, le 27 octobre 2026.
Télécharger le communiqué en PDF